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Une arme abandonnée

Texte publié sous le titre "Une autre voix juive ? "
dans l’Huma en mars 2003

Nous croisons tous les jours des citoyens, des démocrates progressistes, des hommes, des femmes de bonne volonté, qui disposent d’une arme efficace pour la Paix : pour la paix au Proche Orient, pour la paix civile en France. Pourtant ces citoyens ne se saisissent pas de cette arme qu’eux seuls pourraient manier. Pis, ils laissent d’autres s’en emparer, la tourner contre ce qui fait souvent la trame de leur vie, d’autres qui s’en servent pour légitimer l’oppression d’un peuple, les enchaînements sans fin de violences et de spoliations. Dans le monde d’aujourd’hui, cet outil, qui leur appartient, mais qu’ils abandonnent, et dont d’autres se servent, au vu et au su de tous pour approfondir l’injustice, est en passe de répandre dans toute la société ses effets mortifères.

Par quel sortilège ces concitoyens, en apparence semblables à d’autres, laissent leurs adversaires retourner contre eux-même, contre leurs aspirations profondes, et en fin de compte contre la société toute entière, une arme qu’il leur suffirait de prendre dans leurs mains pour donner une force sans précédent à leur engagement démocratique ?

C’est qu’il s’agit de certains concitoyens d’origine juive, marqués par leur histoire, leur rencontre personnelle avec une des idéologies les plus meurtrières, les plus criminelles de l’histoire. Ils ont tiré de leur expérience, de l’expérience de leurs parents et de leurs ancêtres, de leur confrontation avec l’oppression et le racisme, la conviction que seuls les idéaux de démocratie politique, de droits humains universels et de droits des peuples, de légalité internationale, pouvaient durablement garantir l’humanité contre le retour de la barbarie. Ils ont rejeté le fascisme, le nationalisme, le colonialisme, et les formes politiques d’aliénation et d’oppression ; et beaucoup ont choisi de confiner, pour ces raisons même, leur part d’identité juive dans la sphère de l’intime, du privé, du personnel. Ils ont décidé qu’ils étaient d’abord des citoyens, et, de façons diverses, chacun avec sa biographie, ils se sont impliqués dans le devenir de leur pays. Dans un parti, dans un syndicat, dans leur activité professionnelle, que sais-je encore, ils n’ont pas éprouvé le besoin de rejoindre une organisation, qui, sous une forme ou une autre, se réfèrerait à leur judéité.

D’autres, eux aussi d’origine juive, ont fait d’autres choix. Pourquoi en serait-il autrement ? Appartenir à un groupe humain dont l’extermination a été organisée, planifiée, et réalisée scientifiquement et méthodiquement dans une société hautement développée, il y a à peine une ou deux générations, pose certains problèmes d’identité... Dans une société ou les idées racistes, chauvines, xénophobes sont loin d’être l’exception, pourquoi la plupart des Juifs auraient-ils échappés à une vision aliénante de leur expérience ? Certains ont choisi de faire de leur judéité la solidarité principale de leur vie. Je ne partage pas leurs choix, je pense qu’ils se fourvoient dangereusement, mais quiconque ne connaît pas leur expérience devrait s’abstenir de leur jeter la pierre…Quoi qu’il en soit, pour mille et mille raisons, certains concitoyens d’origine juive ont choisi de s’organiser dans des institutions explicitement juives.

Or, un piège s’est mis en place ces derniers temps, piège qui menace l’ensemble de la société, et, particulièrement, les Juifs: la majorité de ces institutions, en tous cas celles qui prétendent représenter l’ensemble des Juifs, a emboîté le pas au gouvernement d’Israël. Celui-ci, suivant sa propagande constante depuis la création d’Israël, et avec l’appui de forces politiques complices dans le monde, a convaincu la vaste majorité des habitants de la planète, juifs ou non, qu’il représente à lui seul le judaïsme. Or, il exerce " au nom des juifs " une politique d’oppression et de négation des droits du peuple Palestinien. Certes, une partie, sans doute non négligeable, des Juifs français partage ces orientations ; je pense qu’ils se trompent gravement. Du moins disposent-ils d’organisations qui s’expriment en leur nom. Mais les autres? En particulier tous ceux pour qui l’héritage juif n’est pas vécu comme une part prépondérante de leur identité ? Ils ont beau porter au tréfonds d’eux- même la marque de leur judéité, souvent d’ailleurs prise en compte dans leur entourage sans même qu’ils le sachent, ils se refusent à une expression collective, où ils assumeraient publiquement cette part, pensée comme intime, de leur histoire…Et c’est ainsi que malgré eux, laissant usurper en silence leur histoire et leur mémoire, ils se voient enrôlés dans une oppression qu’ils croient combattre comme individus, mais à laquelle leur voix confisquée apporte leur consentement involontaire…Malgré eux, et bientôt contre eux…Car l’indignation populaire devant le sort fait, à tout un peuple pauvre et désarmé, par l’arrogance, la force hypocrite et brutale, grossière ou raffinée, qualifiée universellement de " juive ", n’a pas fini de produire ses effets menaçants dans la vie sociale. Ne peut-on craindre que le discours, les actes totalitaires des uns pourrait bien répondre au discours, aux actes totalitaire des autres?

Imaginons au contraire la force libératrice, transformatrice, de l’expression collective enfin assumée de démocrates d’origine juive consentant, devant la montée des périls, à occuper, irremplaçables, leur créneau ? Dans le combat pour une paix juste, pour le respect des droits nationaux de tous les peuples du Proche Orient, pour l’égalité des droits, ils arracheraient enfin à l’ Etat d’Israël, mis jusqu’ici au service de la force armée, le drapeau de la véritable défense du peuple israélien, celui de la coexistence pacifique et de la coopération avec le peuple palestinien. Ils lèveraient enfin au nom des démocrates d’origine juive, le drapeau des droits universels d’hommes nés libres et égaux en droits.
Démocrates, progressistes d’origine juive, il faut nous saisir de notre arme abandonnée ! Il faut, pour nos convictions, nous exprimer publiquement en assumant notre part d’identité juive.


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 Pascal Lederer




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Mise à jour : 30.10.2005
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