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LES MOTS pOUR lE diRE

              Ne soyons pas dupes, appelons un chat un chat.

                  On le sait, les mots ne sont pas innocents.

                                          par MAURiCE CLiNG
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                                            « EXCUSES »   Chat       

En dévoilant il y a quelques mois à Monaco une stèle à la mémoire des 66 réfugiés juifs raflés dans la nuit du 27 au 28 août 1942, livrés aux nazis puis assassinés à Auschwitz, le prince Albert II a solennellement présenté ses excuses(sic) à la communauté juive et aux représentants diplomatiques concernés.

Soixante-treize ans après l'événement, la démarche a de quoi surprendre. Non seulement la demande de pardon n'est pas recevable à mon sens, mais surtout elle relève d'une opération politique de grand style. En premier lieu, de quel droit pourrait-on accorder ce pardon ainsi demandé, au nom des millions de victimes ? Après la déclaration du président Chirac sur la responsabilité de la France dans les crimes de Vichy (1995), on a vu apparaître le thème de la « repentance » au Vatican, puis dans la Déclaration de l'épiscopat français, visiblement dans le cadre de la « réconciliation » européenne avec l'Allemagne. Déclaration peu convaincante, les bergers reprochant au peuple chrétien de ne pas avoir parlé. Les institutions mémorielles juives ont hélas participé activement à l'opération de réhabilitation de l'Eglise (notamment par la campagne médiatique du Père Desbois après 2004 concernant les victimes des fosses communes ukrainiennes). Le fait pour le prince de dévoiler la stèle conjointement avec le président de la communauté cultuelle israélite de Monaco, en présence de l'archevêque et du couple Klarsfeld, marquait symboliquement cette réconciliation.

Avec le président du CRIF, le Grand Rabbin de France a salué la demande de pardon « pour l'intervention active de la police monégasque lors de la rafle du 27 août 1942 ». La police seule responsable selon l'inscription de la stèle ? Et quid du prince Louis II qui gouvernait la principauté ? Et d'ajouter : « Le mal n'est jamais loin de nous, car il est aussi en nous. » (sic). Le thème a déjà été évoqué dans ces colonnes à propos du cardinal Lustiger et du président de la FMS. (« crime de l'humanité » et non contre l'humanité). La Principauté « n'aurait pas su protéger » ses réfugiés, selon le discours du prince. L'a-t-elle voulu ? Elle dont la radio fut la réplique du poste collaborateur « Radio-Paris » ? Créée en 1943 pour servir « l'Europe nouvelle », il fut contrôlé par le ministre nazi des Affaires étrangères. Enfin, comment oublier enfin que la Principauté figure toujours parmi les plus célèbres paradis fiscaux du monde depuis des lustres et constitue donc l'un des plus importants instruments de blanchiment de l'argent sale ? Jean Ardant (père de l'actrice), précepteur de Rainier III, n'a-t-il pas été selon le consul de France « écoeuré des tripotages d'argent et des intrigues politiques » de cette principauté qu'on a pu qualifier de capitale de tous les trafics ?
Ces considérations éclairent la déclaration du Prince.
Ne soyons pas dupes.

© Presse Nouvelle Magazine

===========================================================================                  « lA GAUCHhE »      Chat
L’opposition gauche/droite traverse la vie politique française depuis des lustres. Elles sont présentées comme symétriques (y compris dans leurs contradictions internes), chacune étant flanquée, celle-là de son « extrême gauche », celle-ci de son « extrême droite » qu’est le Front National. Certains politiciens assènent même régulièrement qu’il n’y a plus ni gauche ni droite, brouillant les pistes, et dans certains cas justifient ainsi leur reniement.
Mais qu’en est-il vraiment ? Face à ce tir de barrage permanent des « communicants » patentés de la pensée correcte, il convient d’abord de prendre du recul, de se méfier du langage piégé, à partir de l’analyse des termes employés afin de démasquer l’opération de conditionnement des esprits.
Le mot « gauche » nous en fournit un excellent exemple. En 1997, date de la victoire de la « gauche plurielle » aux élections municipales de Paris (PS, PCF, Écologistes, Chevènementistes, etc.), le concept était parfaitement clair, renvoyant à Jaurès, au Front Populaire, au CNR, à la Libération, etc. Dans cette gauche qui s’est divisée, on a insidieusement restreint le sens du mot au seul PS devenu fréquentable, incluant ses alliés écologistes éventuels très minoritaires. De telle sorte que le président Hollande « socialiste-libéral », son premier ministre et ses Macron, sont institués comme seuls porte-parole d’un courant traditionnellement progressiste, et parfois révolutionnaire, comme quand Léon Blum levait le poing en 1936. Par contrecoup le PCF, rejeté ipso facto de cette gauche officielle, est baptisé d’autorité d’« extrême gauche », malgré son histoire et récemment l’appellation du « Front de gauche » qu’il avait initié.
Or, on sait que dans la tradition du langage politique des partis conservateurs, les deux extrêmes sont renvoyés dos à dos comme excessifs, gauchistes, radicaux, extrémistes, voire jusqu’au-boutistes plus ou moins dangereux. Dans cette optique, seuls les « modérés » et les conservateurs centristes et divers représentent le bon sens, la raison, le juste milieu, la stabilité et la sécurité. Le schéma a la vie dure, qui se perpétue dans les esprits depuis plus d’un siècle et pèse lourdement au moment des choix électoraux. D’autant plus qu’avec l’apparition des groupes terroristes dits d’ « extrême gauche » et d’ « extrême droite », le mot « extrémiste » s’est encore plus coloré par amalgame. Le tour est joué : la mouvance PCF qualifiée d’ « extrê- me gauche » relève ainsi du danger terroriste, des assassinats, de la barbarie, etc.
Le fait est d’autant plus grave que ce schéma peut séduire nombre de gens de bonne foi, tant le matraquage médiatique, le poids des personnalités politiques et la caution « scientifique » des « experts » concourent à présenter le schéma comme une évidence. Une fois enfermé dans cette bulle, le citoyen sera livré pieds et poings liés aux manipulations politiciennes étrangères à ses véritables intérêts. En témoigne actuellement la personnalisation intense de la vie politique française : à quelle sauce préférez-vous être mangé ? Fillon, Juppé, Sarkozy, Hollande, Valls ou Marine Le Pen ? Sans que jamais (ou si peu) ne soit évoqué le caractère anti-démocratique des institutions de la Vème République, encore aggravé par l’état d’urgence. On touche du doigt ici la profondeur de la crise qui, sous couvert d’une étiquette et d’un langage socialistes, voit un gouvernement présenté comme de gauche s’attaquer aux valeurs fondamentales de la République sociale. Tony Blair n’avait pas fait autre chose après Madame Thatcher. Et en France, que dire des leaders de la SFIO, puis du PS, de 1938
à nos jours ?

© Presse Nouvelle Magazine - N° 335 04-2016

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               «  UN NOiR »            Chat

Où le racisme va-t-il se nicher ? En tant que victime et militant antiraciste de toujours, je découvre à ma courte honte qu’il m’arrive depuis des années de tenir des propos racistes. Étonnant, non ? Et vous-mêmes, qui lisez ces lignes ? J’ai simplement dit : « Dans ce café, il y avait un Noir au bar. » Rien de plus banal, n’est-ce pas ? Mais, à la réflexion, pourquoi ai-je dit « un Noir » ? S’il avait été blanc, aurais-je dit « un Blanc » ? Mais non, j’aurais dit « un homme » ou « un type ». En d’autres termes, j’ai vu en lui non un homme mais un Noir, le catégorisant ainsi par la couleur de sa peau et non par son appartenance à l’espèce humaine, ce qui relève typiquement d’une attitude raciste.

Ainsi se révèle ce qui m’a été inculqué depuis l’enfance, dans notre société profondément
marquée par son passé colonial, cette attitude mentale qui fait de nous la race supérieure, qui regarde avec mépris (ou condescendance dans le meilleur des cas) les « indigènes », noirs ou asiatiques, exclus de l’humanité
blanche.

La formulation illustre la profondeur des structures mentales anciennes qui conditionnent dans la plupart des cas notre comportement. Balayons donc devant notre porte, luttons (y compris en nous-mêmes) contre l’héritage malsain qui se dissimule dans les « évidences » les plus fondamentales.

© Presse Nouvelle Magazine - N° 334 03-2016
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           Chat          « LA VIOlENCE »

« Voilà où mène la violence », écrivait jadis en substance le président Giscard d’Estaing sur le livre d’or du Musée d’Auschwitz. C’était là noyer dans l’abstraction le poisson du plus grand crime nazi, et déjà sa banalisation. Qui plus est, la violence a bon dos, elle qui peut être nécessaire et légitime. Exemples, entre cent : la prise de la Bastille et la coalition antifasciste qui triompha le 8 mai 1945. Et, bien sûr, celle des combattants de la M.O I.

« Le père de la constitution européenne » persista et signa ensuite en substituant les « racines chrétiennes » de l’Europe à la référence au nazisme qui figure dans le préambule de la Constitution française. Et voilà le travail. On retrouve la même manipulation dans la façon dont la plupart des grands médias traitent l’actuelle Intifada dite « des couteaux » : la violence, l’escalade de la violence, etc, ce qui permet de renvoyer dos à dos les uns et les autres, alors que la responsabilité de la situation dramatique actuelle est celle du gouvernement israélien depuis plus d’un demi-siècle, aggravée par la colonisation cynique du territoire palestinien.

Ne soyons pas dupes, appelons un chat un chat, et bannissons le mot « violence » de notre analyse.

© Presse Nouvelle Magazine - N° 333 02-2016
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             Chat          EUThANASiE
L’euthanasie est à l’ordre du jour. Mais le mot est-il employé à bon escient ? Le petit Robert le définit par les procédés qui permettent de « provoquer la mort de malades incurables qui souffrent et souhaitent mourir ». La mort douce. Revenons en arrière : le régime nazi l’a utilisée comme de coutume parmi ses appellations mensongères pour masquer l’opération T4 d’extermination des malades mentaux allemands en 1939. Dans la tradition de l’eugénisme, très en vogue en Europe, aux USA en particulier, il ne s’agissait de rien moins que de purifier l’espèce humaine en éliminant les vies « non dignes d’être vécues ». C’est dans cet esprit que notre Prix Nobel Alexis Carrel proposait déjà en 1935 dans L’homme, cet inconnu l’utilisation d’une chambre à gaz pour les « dégénérés ». Pétain lui proposa le poste de ministre de la … Santé. Forts de leur expérience des gaz asphyxiants dans les hôpitaux, les spécialistes de l’opération T4 furent expédiés ensuite à l’Est pour participer à la phase suivante de l’opération biologique, celle du génocide. Aussi conviendrait-il d’urgence de lever toute équivoque en restituant au terme « euthanasie » son sens originel qui se prolonge dans notre temps, celui de sa finalité humaine radicalement opposée à la conception criminelle des hitlériens.
Cette dernière,
ne pourrait-on l’appeler : euthanazie ?

© Presse Nouvelle Magazine - N° 332 01-2016

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             Chat             Y’EN A QUi . . .

S'il vous arrive de rappeler à quelqu’un le fait que l’Église de France constitua sous l’Occupation un pilier du régime de Vichy, ou que la police fut l’instrument de sa politique répressive, il y a fort à parier qu’on vous réponde : « Oui, mais y’en avait qui résistaient… »
Voyons les choses de plus près. Nul ne conteste actuellement que ses quelque 150 000 policiers et gendarmes le servirent durant quatre années, et que la plupart des résistants furent traqués et arrêtés par eux, ainsi que les juifs victimes de la persécution nazie et pétainiste, et ce jusqu’en août 1944. L’illustre par excellence la rafle du Vel d’Hiv’ effectuée uniquement par des milliers de policiers parisiens.
Quant à l’Église de France, elle trouva sa revanche sur la loi de 1905, héritière de la Révolution de 1789, par la voix de Mgr Gerlier et elle « vénérait » Pétain de 1940 à la Libération, en échange de la suppression des Écoles normales d’instituteurs, de subventions pour ses écoles privées, etc. Qu’il suffise à cet égard de citer les obsèques nationales qu’elle a organisées à Notre-Dame, le 2 juillet 1944, pour Philippe Henriot, ténor de la Collaboration abattu par la Résistance. La même Église qui, deux mois plus tard, allait sonner à toute volée les cloches de la cathédrale lors de la Libération, tandis que le général de Gaulle refusait de rencontrer le cardinal collaborateur Suhard.
« Y’en a qui résistaient » est donc à la fois vrai et faux. On constate à quel point l’expression très courante est trompeuse par son évidence même : il est satisfaisant pour l’esprit au premier abord de considérer deux pôles symétriques, ceux qui collaboraient d’une part, ceux qui résistaient de l’autre ? Or, il est capital de prendre en compte le nombre respectif des uns et des autres car selon les chiffres (1% d’un côté et 99% de l’autre, par exemple), les conclusions seront radicalement différentes. Était-ce la règle ou l’exception ? Telle est la question. Comme le dit fort bien la sagesse des nations, « l’exception confirme la règle ».
Dans cette optique, si certains prêtres et policiers furent en l’occurrence d’authentiques résistants dont il faut saluer d’autant plus le courage et la prise de conscience que leur culture était d’obéissance et de discipline, leur nombre réel, relativement réduit, est ainsi trop souvent occulté en vue de donner une image faussée de la réalité historique.
Seul le respect des faits peut nous garantir contre de telles manipulations. Méfions-nous des « y’en a qui » et appelons un chat un chat.

© Presse Nouvelle Magazine - N° 332 01-2015

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                Chat             « REpUbliCAiN »
Depuis plus de deux siècles, on le sait, l’opposition droite/gauche traverse la société française, quoiqu’en disent certains qui la trouvent dépassée. Le mot «République» qui l’a vue naître est revendiqué à juste titre par les deux traditions. Certes, elles s’accusent souvent mutuellement de ne pas en respecter le socle fondamental.
Les
deux conceptions étaient déjà divergentes à l’origine : la République sociale des Marat et des Robespierre s’opposait déjà à la République bourgeoise des Girondins. On retrouve l’opposition de nos jours dans le langage politique comme ailleurs. Au sujet de la manœuvre actuelle qui consiste à substituer à l’UMP le mouvement des «Républicains», on peut rappeler utilement que l’école privée catholique s’est jadis autodésignée comme «école libre» entraînant par contrecoup une dévalorisation de l’école publique comme «non-libre».
De même, récemment, le Crédit Lyonnais objet d'un grand scandale ne fera pas autre chose pour préserver son image, en se baptisant LCL, bien qu’il s’agisse de la même banque, des mêmes dirigeants et des mêmes  actionnaires. Opération cosmétique qu’utilisent volontiers les partis politiques en mal de réhabilitation. La droite française est experte en la matière, elle qui a changé cinq fois de noms depuis soixante-dix ans : pour mémoire, RPF, UNR, UDR et UMP (notons qu’un seul parti n’a pas changé de nom depuis près de cent ans, le PCF).
Ne soyons pas dupes : appelons un chat un chat, et le parti des « Républicains » la vieille droite qui se déguise, une fois de plus, en confisquant un terme prestigieux. Mais n’est-ce pas là un aveu des turpitudes qui l’obligent à le faire ?
Réconfortant.

Républicains


© Presse Nouvelle Magazine - N° 330 11-2015

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                     Chat                         « lA NUiT dE CRisTAl »
On connaît l'humour sinistre des nazis dans leurs appellations où le cynisme le dispute à l'horreur, telles que « vent printanier », nom de code de la rafle du Vel' d'Hiv', « commando du ciel » pour le sonderkommando (commando spécial) des crématoires d'Auschwitz, entre cent exemples.
A cet égard, il est remarquable et même choquant que l'appellation nazie ait été maintenue depuis près de 80 ans par tous les historiens de France et de Navarre. Comment comprendre qu'un tel événement sans précédent depuis le Moyen-Âge (les 9 et 10 nov. 1938, plus de 600 synagogues ou oratoires détruits, 100 assassinats lors du massacre, 30 000 internés, plus de 2 000 morts au total, plus le pillage de magasins et d'appartements, etc.) puisse bénéficier d'une expression aussi poétique ?
Allusion au verre brisé des vitrines des magasins pour occulter les violences criminelles par l'humour des bourreaux ? L'origine demeure controversée. Mais divers éléments et les mensonges systématiques de la propagande hitlérienne (les noms de code mensongers des opérations ou organisations nazies) incitent à penser qu'il s'agit bien d'une intention délibérée. Depuis 1978, année du quarantième anniversaire, est apparue en Allemagne (rendons à César…) la formule « Nuit du Pogrom du Reich » mettant fin à cet état de choses. Angela Merkel parle de «Nuit du Pogrom ».
Et en France ? Qu'attendent nos historiens, journalistes et hommes politiques pour s'aligner enfin sur cette formulation salutaire ? Il est regrettable qu'ils répètent encore de façon acritique (comme pour « Shoah » et
« Holocauste ») les termes piégés de leurs prédécesseurs. Allons messieurs, au travail !


© Presse Nouvelle Magazine - N° 330 11-2015

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                          Chat                       « PANThEON »

Pourquoi j’ai décliné l'invitation à la cérémonie du Panthéon ? Le choix des résistant-e-s, la mise en scène de la cérémonie m'ont paru très critiquables.

1. Pierre Brossolette a été présenté dans les médias comme membre de la SFIO, alors qu’il était minoritaire dans son parti en 1936 et 1938, parti dont l’écrasante majorité des députés votera les pleins pouvoirs à Pétain.

2. Outre les quatre résistant-e-s honoré-e-s, il est injustifiable que n’ait figuré aucun-e communiste, alors que le PCF joua un rôle de premier plan dans la Résistance française. Faut-il rappeler qu’en 1945, nul ne contestait qu’il se présente aux élections comme « Parti des fusillés » ?

3. La cérémonie était centrée sur le Président seul, éloigné de la foule, alors que le corps de Victor Hugo a été accompagné depuis son domicile dans le 16e arrondissement jusqu'au Panthéon par plus d'un million de personnes ... Enfin, la Journée nationale du 27 mai qui commémore la Résistance à travers le CNR, enfin obtenue il y a deux ans, a été occultée. Quelle tristesse !

© Presse Nouvelle Magazine - N° 329 10-2015


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                      Chat            “libERTE d’EXpRESSiON

Depuis les attentats criminels de janvier, les médias invoquent à tout propos la liberté d’expression et notamment la célèbre phrase attribuée à Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ». Elle visait la censure exercée par la monarchie à l’époque des Lumières, mais peut devenir dialectiquement de nos jours une arme dans les mains des ennemis de la liberté.
Se référant à des valeurs abstraites dans une analyse a-historique, le grand linguiste américain Noam Chomsky écrit en 1980 dans sa préface à un mémoire du négationniste Robert Faurisson : « Je ne connais pas son travail, mais je défends son droit à la recherche contre les terroristes marxistes français ». Il s’insurge contre « la vieille doctrine stalinienne selon laquelle l’État a le droit de déterminer la vérité historique », qualifie de totalitaire la conception française de la liberté d’expression et va jusqu’à voir dans « la honteuse campagne» visant à faire taire Faurisson « une insulte à la mémoire des victimes de l’Holocauste ». Ce grand savant tombe ainsi dans le piège et délivre un quasi label de scientificité au falsificateur de l’histoire.
Dommage qu’il n’ait pas médité la non moins célèbre formule de Saint-Just, le compagnon de Robespierre : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ».
 Principe qui sauva la Révolution et reste valable de nos jours, comme on le voit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, qui précise qu’on ne saurait utiliser contre les buts et les principes des Nations Unies les libertés qu’elle énonce. En 1990, le Parlement français vote à une très large majorité la loi présentée par le ministre communiste Jean-Claude Gayssot, qui « qualifie de délit la contestation de l’existence des crimes contre l’humanité, tels que définis dans le statut du Tribunal militaire international de Nuremberg ». Pouvait-on en effet permettre de nier l’existence des chambres à gaz afin de réhabiliter le nazisme et ses complices ? Telle était la question. On peut être un grand linguiste, un courageux dénonciateur de l’impérialisme US et se fourvoyer en l’occurrence, tant par ignorance de la réalité française que par une vision faussée de l’Histoire.
La France : une exception ?
La même opposition se retrouve au plan international entre droit anglo-saxon et droit français. Alors que la loi Gayssot se situe dans le prolongement de notre tradition révolutionnaire, le droit américain, par exemple, privilégie dans son célèbre premier amendement la liberté d’expression conçue en soi. La Liberté, celle de la statue, prime sur les autres valeurs (dignité, égalité, etc.), ce qui autorise les néonazis à s’exprimer librement dans les médias et notamment sur Internet. Il en va de même en Grande-Bretagne. En Allemagne, pays né de la guerre froide, le parti néonazi a pignon sur rue.
À ce sujet, rappelons que la loi Gayssot a suscité en France une vive polémique entre historiens, juristes et dirigeants politiques, les uns, comme Chomsky, refusant au pouvoir le droit d’interférer avec la recherche historique sur les chambres à gaz, les autres dénonçant la manœuvre politique de néonazis totalement étrangers à la recherche. Le problème reste posé au sein même de la tradition « républicaine », bien que la loi Gayssot l’ait largement emporté : Faurisson et Dieudonné furent condamnés pour incitation à la haine raciale.
 La liberté d’expression conquise en France en 1789 s’exerce selon la Déclaration célèbre « dans le cadre de la loi ». Elle admet des restrictions comme toutes les lois fondamentales, qui loin de lui porter atteinte, sont la condition même de son exercice, tout comme le code de la route permet la liberté de circulation. C’est là toute la différence entre la liberté abstraite (celle du loup dans la bergerie, selon la formule bien connue), et la liberté concrète, analysée dans le cadre de la législation de son temps et du rapport de forces.
S’il en était besoin, la nouvelle loi sur le renseignement prouverait la nécessité de la plus grande vigilance, à partir d’une estimation lucide des dérives prévisibles : après le Patriot act Patriot act étatsunien, le pouvoir fait flèche de tout bois en surfant sur la peur pour introduire des lois actuellement et potentiellement dangereuses pour les libertés fondamentales des citoyens. - 15 août 2015

© Presse Nouvelle Magazine - N° 328 09-2015


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                     Chat      “ fiN dE lA SECONDE GUERRE MONdiAlE

Depuis des années, on entend fréquemment mentionner dans les médias le mot « armistice » au sujet du 8 mai. Or, ce ne fut nullement une suspension des hostilités comme en 1918, mais une reddition sans condition exigée par les Alliés pour marquer l’abolition du régime nazi et de ses complices (laissons l’armistice déshonorant à Pétain). On l’entend certes moins, mais est apparue une formulation non moins critiquable : « fin de la Seconde Guerre mondiale ». Venue d’Allemagne, elle figurait déjà dans le manuel franco-allemand patronné par notre ministère de l’Éducation nationale. L’expression est doublement contestable : la guerre contre le Japon a continué plusieurs mois et le mot « fin » évacue la signification militaire et politique de l’événement.
Le président Giscard d’Estaing en avait brutalement supprimé la commémoration en 1975. La gauche plurielle le rétablit en 1981. Mais on voit l’enjeu : cachez cette URSS que je ne saurais voir, et si vous n’y parvenez pas, videz la célébration de son contenu antifasciste au profit d’une présentation détournée.
Le Débarquement des troupes américaines libératrices, oui ; les batailles décisives de Stalingrad, de Koursk et de Berlin, non.
Le 8 mai dernier, les Champs-Elysées étaient pavoisés du haut en bas de drapeaux tricolores, ce qui doit aussi nous interpeller : s’il est un enseignement à tirer de l’événement historique, ce n’est certainement pas cette présentation nationaliste, voire franchouillarde, de ce qui fut – faut-il le rappeler ? – la victoire éclatante de la grande coalition antihitlérienne sur le nazisme et ses complices de Vichy et d’ailleurs. Elle unissait au nom des valeurs universelles des régimes aussi différents que celui des USA, de la Grande-Bretagne et de l’URSS. La France leur fut adjointe in extremis, bien que sa participation militaire ait été limitée, du fait de la France libre et de la Résistance. Mais 70 ans après, pas un drapeau russe, américain ou anglais : la confiscation chauvine est totale. Au contraire, Vladimir Poutine a rendu un hommage appuyé le 9 mai aux quatre Alliés vainqueurs de 1945.
Le détournement des contenus n’est pas chose nouvelle. La prise de la Bastille par les Parisiens est commémorée le 14 juillet par un défilé militaire, jadis à Longchamp, puis aux Champs-Elysées, Légion étrangère en tête. On ne voit place « de la Bastille » que la colonne de Juillet, et rien sur la forteresse célèbre dans le monde depuis plus de deux cents ans. Alors que notre Fête nationale est désignée en anglais par « Bastille Day »… La classe décadente renie son passé, écrivait jadis Karl Marx. Indignons nous !

PS : À propos du « pape François » évoqué dans le numéro de mai dernier de la PNM, on trouve en librairie plusieurs ouvrages intitulés « François ». Mais pourquoi s'arrêter en chemin ? Une suggestion pour le Souverain pontife : prendre un diminutif tel que « Jeannot » pour Jean XXIII ou « Paulo » pour Paul VI, donc « Paco » pour son origine argentine ou « Ciccolo » pour l'évêque de Rome.

Erratum  Une coquille s’est glissée dans la PNM du mois de mai. Dans la dernière phrase du billet de Maurice Cling, pour en maintenir le sens, il fallait lire : « Ce que des hommes ont fait à d'autres hommes »

© Presse Nouvelle Magazine - N° 327 06-07-08-2015

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                          Chat                      « L'hOMME »

Au cours de sa visite à Yad Vashem, le Pape François (Tiens, François, pourquoi ? sinon pour suggérer une proximité…) a déclaré le 26 mai dernier : « Honte pour ce que l’Homme, qui fut créé à l’image de Dieu, a été capable de faire. […] Honte parce que l’Homme s’est pris pour Dieu et a sacrifié ses frères. » (sic)
Déjà le cardinal Lustiger avait qualifié jadis le génocide de « crime de l’humanité », et non « crime contre l’humanité » (concept forgé par le tribunal de Nuremberg), thème repris par David de Rothschild, nouveau pré- sident de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
Qui se ressemble s’assemble. Le nazisme et ses complices, les résistants, connais pas. Comme l’a écrit Hannah Arendt : « Tous coupables, pas de coupable ».
 Ou du négationnisme à la banalisation. Une autre forme de la même idée, fréquemment utilisée, consiste à dire: « Ce que les hommes ont fait à d'autres hommes ».
Ne soyons pas dupes. Appelons un chat un chat.

© Presse Nouvelle Magazine - N° 326 05-2015

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                         Chat               « FACE A LA ShOAh »

On a pu voir dans le métro de Paris des affiches sur l’exposition du Mémorial de la Shoah intitulée :
                               « Filmer la guerre : les Soviétiques face à la Shoah »

 Indépendamment du mot Shoah (très discutable, on l’a vu, pour parler du génocide des juifs, qu’on pourrait au reste appeler judéocide), l’expression mérite réflexion. L’Armée rouge n’était nullement face à la Shoah : elle était face à la plus grande agression militaire de tous les temps lancée sur un front de plus de 2000 kilomètres par la coalition hitlérienne (12 pays, dont la France) dans sa guerre d’extermination. Alliée des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France libre, l’objectif stratégique de l’URSS en 43-45 était Berlin, et non les camps nazis. On voit que l’échelle mondiale de la guerre et particulièrement le théâtre des opérations à l’Est met en perspective cette Shoah qui occupe actuellement la quasi totalité de notre espace médiatique.
Parmi les 20 millions (au moins) de victimes civiles et militaires de l’URSS, celles des compatriotes juifs étaient très minoritaires, sans oublier les centaines de milliers de soldats et officiers juifs de l’Armée rouge. Les fosses communes d’Ukraine (un million de victimes) contenaient étroitement mêlés juifs, tziganes, partisans, dirigeants communistes. Quant aux camps nazis de la « Solution finale », leur ampleur et leur spécificité étaient alors largement ignorées en URSS, aussi bien que dans le reste du monde.
Après l’occultation ou le dénigrement en France du rôle de l’armée soviétique le 27 janvier, l’optique « communautariste » de l’exposition présente dans la foulée une interprétation totalement erronée des événements historiques. Quand le Mémorial proposera-t-il une exposition qui relatera la contribution capitale de l’URSS à la libération de l’humanité, juifs et nonjuifs compris? Ne soyons pas dupes, appelons un chat un chat et l’Armée rouge de 1945 libératrice.

© Presse Nouvelle Magazine - N° 325 04-2015

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                Chat            RiRE dE TOUT ?

Depuis le drame de Charlie Hebdo, on voit fréquemment évoquer dans les médias l’idée qu’il faut rire de tout. Ceci renvoie à une certaine conception de la liberté en vogue durant les événements de 1968 : « Il est interdit d’interdire ». Liberté totale, faire ce que l’on veut, etc. En ce qui concerne les valeurs défendues par la PNM, on peut se demander si notre passé peut éclairer le présent.
Certes, certaines restrictions avaient été apportées par Pierre Desproges, par exemple, lorsqu’il écrivait : « On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui. » Pour ma part, je n’en suis pas si sûr : même avec quelqu’un de mon choix, je ne peux pas rire de tout. Qui, en 1945, aurait pu parler de rire devant les photos des charniers des camps nazis qui traumatisèrent le monde ?
On ne peut s’empêcher d’évoquer à ce sujet les sourires triomphants des bourreaux devant les cadavres de leurs victimes, à Varsovie ou en Ukraine, par exemple. Seuls peuvent rire ceux qui ont coupé tout lien personnel avec des humains exclus de l’espèce humaine et ainsi chosifiés. C’est ainsi que leurs héritiers plus ou moins masqués ont pu se livrer jadis en France à d’ignobles plaisanteries sur les fours crématoires, et que l’on voit maintenant un humoriste reprendre le flambeau nauséabond.
Méfions nous des formules fracassantes et décelons au-delà le danger qu’elles impliquent.

© Presse Nouvelle Magazine - N° 324 03-2015

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              Chat               DiSpARUS, pAS REVENUS

« Ô mon père, ô ma mère, ô mes chers disparus » écrivait Victor Hugo. Formulation compréhensible et tout à fait légitime : ainsi se protège-t-on contre la souffrance de la mort des proches en ayant recours à divers autres euphémismes tels que « il (elle) nous a quittés, est parti(e), s’est éteint(e), etc. », voire on use du terme administratif « décédé ». La réalité douloureuse est transposée dans l’absence, et parfois dotée d’une aura poétique.
Il n’en va pas du tout de même lorsqu’il s’agit d’un monstrueux crime de masse sans précédent dans l’Histoire. On n’a cessé, depuis la découverte du génocide et du système concentrationnaire nazis, de dire que tel déporté « n’est pas revenu » de déportation. L’expression qui pouvait se comprendre en 1945 ne devrait plus être de mise soixante dix ans plus tard, même si elle a pour ainsi dire été consacrée par l’usage. Or, dire qu’il « n’est pas revenu » diffère fondamentalement de dire qu’il a été « assassiné », seul terme qui désigne la réalité et implicitement le coupable. Du ressenti de l’absence abstraite, on déplace dès lors la focalisation sur le fait historique : les déportés n’ont pas « trouvé la mort », n’ont pas « péri », ils ont bien été victimes par millions d’un assassinat. Appelons un chat un chat.

© Presse Nouvelle Magazine - N° 323 02-2015
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                                                            “OUVERTURE

Toujours à propos de la Journée du 27 janvier (voir PNM n° 313, février 2014), il est regrettable que le foisonnant programme d’avril-août 2014 du Mémorial de la Shoah mentionne la « date de l’ouverture du camp d’Auschwitz. » Ouverture ? Ça s’est donc ouvert tout seul ? Désolé, mais le camp a été ouvert par les nazis le 20 mai 1940 pour les Polonais…
On connaissait déjà les guillemets d’Annette Wieviorka pour la « libération » d’Auschwitz (voir PNM, ibidem), alors que le mot est utilisé à travers le monde depuis plus de soixante ans et dans tous les textes officiels. On connaissait les mensonges selon lesquels l’Armée rouge aurait trouvé le camp vide, mais voici une nouvelle trouvaille. D’autant plus néfaste que la Journée commémorative est particulièrement dédiée aux établissements scolaires.
Gageons que dans quelques jours, les discours, les comptes rendus des médias et de certains bulletins mémoriels verront fleurir les diverses formes de l’occultation et du dénigrement du rôle libérateur de l’armée soviétique. « Couvrez ce sein que je ne saurais voir », écrivait Molière dans le Tartuffe. En fait de Tartuffe, nous avons les nôtres.

 © Presse Nouvelle Magazine - N° 322 01-2015

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Ce « billet » inaugure une série portant sur ces termes qui nous trompent…

et qui sont utilisés pour nous tromper.

Ne soyons pas dupes, appelons un chat un chat.

On le sait, les mots ne sont pas innocents. Par exemple, Tsahal. Le gouvernement

israélien relayé par les grands médias occidentaux a popularisé

le nom hébreu de son armée. Quelle autre armée dans le monde bénéficie

dans les médias d'une telle appellation particulière ? Aucune, à ma connaissance,

ainsi classée à part, et dont la résonance biblique la sacralise et justifie

par conséquent tous les actes, y compris ceux qui sont criminels.

 © Presse Nouvelle Magazine - N° 321 12-2014



 

 

 


 

 

 

 


 


 

 

   

 

   
                                            

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Mise à jour:11.06.2016
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